Savon au lait de chèvre en pharmacie : pourquoi comparer ?

Savon au lait de chèvre en pharmacie : pourquoi comparer ?

Acheter son savon en pharmacie rassure. On se dit que la sélection a été faite, que la composition est sérieuse, que c'est le choix prudent pour une peau qui tire ou qui rougit. La pharmacie est pourtant un lieu de vente comme un autre : elle ne fabrique rien, et la présence d'un savon au lait de chèvre sur ses étagères ne dit rien de la façon dont il a été fait. Voici comment le savoir, étiquette en main.

Comment sont fabriqués la plupart des savons de pharmacie

Beaucoup de marques vendues en pharmacie ne fabriquent pas leurs savons. Elles achètent des bondillons, des granulés de savon déjà saponifiés dans de grosses unités industrielles, puis les font fondre et malaxer à chaud pour y ajouter un parfum, des conservateurs et une petite quantité de lait de chèvre, le plus souvent en poudre réhydratée. C'est rapide, stable, et ça permet de produire des dizaines de milliers de pains identiques.

Ce procédé a deux conséquences. La glycérine qui se forme pendant la saponification a été retirée en amont, pour être revendue à part : le pain lave, mais ne retient plus l'eau sur la peau. Et le lait, ajouté en fin de chaîne et en petite quantité, est là surtout pour le nom sur la boîte.

Ce n'est pas vrai de tous les savons de pharmacie. Certaines savonneries y vendent de bons produits saponifiés à froid. Simplement, le lieu de vente ne vous dit pas lesquels. L'étiquette, si.

Les 4 points à lire sur l'étiquette

  1. La place du lait. Le lait de chèvre apparaît sous le nom Caprae Lac. Les ingrédients sont classés par quantité décroissante : s'il arrive en fin de liste, derrière le parfum, il y en a une trace. Dans nos savons, il remplace toute l'eau de la recette, il est donc en tête.
  2. L'eau. Aqua en première position, c'est la base d'un bondillon refondu ou d'une poudre réhydratée. Un savon au lait cru n'a pas d'eau ajoutée.
  3. Le parfum. Parfum ou Fragrance, c'est un mélange dont la composition n'est pas détaillée, et la première cause d'allergie de contact en cosmétique. Pour une peau sensible, cherchez « sans parfum ».
  4. Les additifs industriels. Tetrasodium EDTA, Tetrasodium Etidronate : des agents ajoutés pour stabiliser les savons de grande série face au calcaire et au stockage long. Ils ne sont pas dangereux, mais ils signent un procédé industriel. Un savon saponifié à froid n'en a pas besoin.

Un cinquième indice ne figure pas sur l'étiquette mais sur la fiche : le taux de surgras. Un savonnier qui travaille à froid le connaît et l'affiche. Le nôtre est de 8 %.

Comment nous faisons, et pourquoi c'est plus lent

Nous n'utilisons ni bondillon ni poudre. Notre lait de chèvre cru vient d'un élevage tenu par notre famille à Valençay, dans l'Indre ; nous allons le chercher nous-mêmes et il est congelé à l'arrivée à l'atelier. Il remplace l'intégralité de l'eau de la recette.

La saponification dégage de la chaleur. Avec du lait liquide, le mélange brunit, les protéines brûlent et une odeur d'ammoniaque se dégage. Nous ajoutons donc la soude sur du lait glacé, qui absorbe la chaleur en fondant : la pâte reste en dessous de 40 °C, le lait garde sa couleur et son odeur douce. Les huiles ne sont jamais chauffées, la glycérine reste dans le savon, et 8 % des huiles restent libres pour la peau. Une petite part de cire d'abeille brute, d'un producteur français, durcit le pain.

Chaque savon passe 48 heures en moule, puis sèche quatre semaines au moins avant d'être vendu. Nous ne prétendons pas que le lait « garde ses vitamines » : la soude transforme l'essentiel de ce qu'elle touche. Ce que le lait cru garantit, c'est une matière complète, en vraie quantité, et une origine que nous connaissons.

Ce que veut dire « testé sous contrôle dermatologique »

Cette mention, fréquente en pharmacie, signifie qu'un test de tolérance a été réalisé sur un groupe de volontaires, sous la supervision d'un dermatologue. C'est une bonne chose. Mais elle ne dit rien de la composition : un savon industriel parfumé peut la porter. Elle n'est pas un argument de qualité, c'est un argument de tolérance, et les deux ne se confondent pas.

De notre côté, nous ne jouons pas sur les mots : un savon saponifié à froid est alcalin, comme tout savon. Ce que nous garantissons, c'est qu'il ne contient aucune soude libre, par construction : il y a plus d'huile que la soude ne peut en transformer. C'est le principe du surgras.

En pratique

Pharmacie ou artisan, la question n'est pas le lieu, c'est l'étiquette. Lait en tête de liste, pas d'eau ajoutée, pas de parfum, pas d'additifs de grande série, un taux de surgras affiché : si ces cinq points sont réunis, vous avez un bon savon, où que vous l'achetiez. Le nôtre les réunit : le savon au lait de chèvre classique, sans parfum ajouté, et les quatre savons de l'atelier dans le coffret de 4 savons.

Pour aller plus loin : lait cru ou poudre de lait, ce que ça change dans un savon, et si votre peau est atopique, notre avis honnête sur le savon au lait de chèvre, l'eczéma et le psoriasis.

 

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